Le bonheur à cinq sous

René Boylesve

Le bonheur à cinq sous, by René Boylesve

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Title: Le bonheur à cinq sous
Author: René Boylesve
Release Date: August 10, 2006 [EBook #19021]
Language: French
Character set encoding: ISO-8859-1
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RENé BOYLESVE
DE L'ACADéMIE FRAN?AISE
LE BONHEUR A CINQ SOUS
DIXIèME éDITION
PARIS
CALMANN-LéVY, éDITEURS

A JEAN-LOUIS VAUDOYER
De votre observatoire d'artillerie, mon cher ami, vous m'avez, à plusieurs reprises, affirmé que le journal qui vous apportait ces contes était pour vous et pour certains de vos camarades une cause de détente heureuse. D'autres lettres, re?ues du front et de combattants que je n'avais pas l'honneur de conna?tre, ont contribué avec les v?tres à me laisser croire que notre vieille besogne littéraire, ingrate à accomplir par le temps qui court, pouvait cependant n'être pas tout à fait vaine. C'est ce qui me donne l'audace, en un moment pareil, de réunir ces feuilles disparates, certaines écrites avant la guerre, les autres inspirées par ses lointains échos, quelques-unes volontairement étrangères à ce grand sujet, afin de procurer aux pauvres hommes, durant cinq minutes, l'illusion qu'il en existe encore un autre.
B.
Juillet 1917.

LE BONHEUR A CINQ SOUS
Un jeune ménage rêvait à une maison de campagne.
C'était, bien entendu, un jeune ménage parisien, ou du moins digne d'être ainsi qualifié, puisqu'il habitait rue Henri-Martin, dans le XVIe arrondissement, un tout petit appartement, il est vrai, et bien que la jeune femme f?t de Granville et le mari d'Issoudun. Mais en trois ans d'application acharnée, monsieur et madame Jér?me Jeton s'étaient fait ce que l'on appelle des relations, et Jér?me Jeton se déclarait homme de lettres.
Jér?me avait plus de peine à justifier sa qualité d'homme de lettres que Sylvie, sa chère ?associée?, à se faufiler ?dans le monde? ainsi qu'elle disait, et à attirer à son petit appartement quelques couples lancés dans le tourbillon de la vie élégante et même, comme elle aimait à le dire encore plus volontiers, ?quelques noms connus?. Et Jér?me, pour son avenir littéraire, comptait beaucoup plus sur les efforts de Sylvie à se constituer un milieu singeant autant que possible le monde, que sur son talent qu'il niait lui-même carrément, dans l'intimité, car c'était un très brave gar?on.
Mais l'activité déployée par la gracieuse Granvillaise pour être une Parisienne accomplie, et par l'honnête enfant d'Issoudun pour loger de tristes articles dans les feuilles, les harassait parfois l'un et l'autre; et, lorsqu'ils avaient un rare moment de répit, ils rêvaient avec une nostalgie, ardente au plaisir, lui de faire la sieste l'après-midi, en bras de chemise, sous un pommier, et elle d'aller distribuer du grain aux poules, suivie jusqu'à la grille de la basse-cour par un beau chien gambadant.
Evidemment, ils n'avaient pas le moyen de s'offrir une maison de campagne dans un lieu habitable et de conserver en même temps, si étroit f?t-il, l'appartement où ils avaient adopté la tache commune, opiniatre et touchante, de faire conna?tre le nom de Jér?me Jeton. Chacun sait que le problème de vivre à Paris devient de plus en plus difficile à résoudre et il offrait les plus grands obstacles au ménage des Jér?me Jeton. Sylvie le résolvait par des prodiges d'ingéniosité, sinon d'économie,--car il faut à tout prix donner l'illusion d'une situation un peu supérieure à l'aisance,--et Jér?me, provisoirement, en vendant chaque année quelques titres de rente; la rémunération de la ?copie? placée, ici ou là, dans les journaux, on en parlait, certes; Dieu sait si l'on en parlait! mais ce n'était pas la peine d'en parler.
Malgré tout, ni Jér?me, ni Sylvie, en leurs courses, ne manquaient guère de s'arrêter devant les agences de location où l'on voit un étalage de photographies poussiéreuses et palottes, généralement prises en hiver, afin qu'au travers des branchages dénudés soient mieux mis en évidence les détails de l'architecture, et qui représentent, pour tant de passants, des chateaux en Espagne. Quelques lignes, écrites à la main, en belle ronde, indiquent, au bas de l'épreuve, la contenance, les charmes de l'endroit, les ?chasses? qui y sont possibles ou ?l'étang poissonneux? dont il jouit, rarement le prix demandé, afin de vous obliger à entrer, jamais le nom du lieu. A l'aspect de la construction, aux essences d'arbres environnants, les Jeton étaient passés ma?tres en l'art de deviner la contrée, la province, le département, et ils pénétraient quelquefois dans le bureau, non pour s'informer sérieusement d'un prix toujours déconcertant pour
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